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Compte-rendu par Igor Maskin
Les bonnes choses finissent vite, mais rien ne peut nous empêcher d’y penser bien après. C’est pour cela que j’ai décidé d’ajouter un petit compte-rendu en français à ce qui a déjà été écrit sur notre séminaire à Valbertier. Pour commencer je voudrais remercier Christine d’avoir eu le courage d’accueillir un tel événement et de prendre sur elle tout le travail préparatif que cela demandait. Je sais que cela n’a pas été facile pour elle, ni pour sa famille. Et je suis sûr que tous ceux qui y ont participé, leur restent reconnaissants. C’était emblématique que nous nous soyons rencontrés à Valbertier, dans une ferme où des chevaux vivent et sont entraînés. Emblématique parce que l’équitation «à l’ancienne» est très connue pour ses méthodes barbares qui sont complètement bannies de Valbertier! Christine et Bertrand, étant des partisanes d’équitation naturelle, sont très stricts sur ce point. Elle nous a donné une courte explication de sa philosophie d’entraînement au début de la première journée. Je dois avouer que pendant les trois jours de notre séminaire je n’ai pu m’empêcher de regarder autour de moi chaque fois qu’un des intervenants prônait les méthodes positives d’entraînement. Les animaux heureux et bien équilibrés autour de nous étaient la meilleure preuve de ce que ces méthodes sont bénéfiques pour leur bien-être. J’étais et je reste persuadé que la prompte réussite de Christine avec ses aras, était préparée par son expérience avec d’autres animaux qui l’entourent. Puis ce fut à mon tour de prendre le micro. Sachant qu’il y a certains thèmes qui sont peu discutés sur les forums francophones, je voulais faire une sorte d’introduction à ces thèmes pour les participants. (Je dois dire avoir été agréablement surpris dès le début de voir que tous, malgré la différence de nos expériences nous sommes restés sur la même longueur d’onde pendant ces trois jours).
L’après-midi le Dr. Sue Tygielski qui travaille à l’Arizona-Sonora Désert Muséum, a parlé des méthodes d’entraînement utilisées par la plupart des entraîneurs professionnels. Ses techniques se basent sur l’application correcte des principes de l’analyse appliquée du comportement. Elles ont été ajustées aux oiseaux par des spécialistes comme Bob Bailey (http://www.behavior1.com/), Steve Martin (http://www.naturalencounters.com/) etc. Comme la majorité des entraîneurs aujourd’hui, Sue n’utilise que les renforcements positifs pour obtenir les résultats voulus. Elle a expliqué en détails comment elle procède pour enseigner à l’oiseau un rappel fiable. Elle a montré aussi comment on peut profiter de l’environnement que nous avons à l’intérieur de nos maisons pour entraîner l’oiseau au maximum. En même temps il est important de nous souvenir, – dit Sue, - que la plupart des entraîneurs professionnel ont accès à de grandes volières à l’extérieur. Sue a souligné l’importance des répétitions pour l’entraînement. Elle a dit que pour obtenir des résultats parfaits sans forcer l’oiseau, un bon entraîneur va répéter un exercice beaucoup de fois. Cela lui permettra d’être sûr de la réaction de l’oiseau dans une nouvelle situation. Travaillant avec des rapaces aussi bien qu’avec des perroquets, Sue nous a expliqué les méthodes de la gestion de nourriture et de poids et surtout des précautions à prendre pour éviter des abus (http://www.forum.psitta.com/index.php?topic=4183.msg28901#new). Malheureusement ces méthodes efficaces pouvant améliorer significativement le bien-être des oiseaux en captivité, sont parfois détournées par ceux qui cherchent des résultats rapides. Sue a souligné que l’on ne devait pas passer aux pratiques avancées sans se renseigner auprès d’un spécialiste renommé. Ensuite nous avons eu une session d’exercices pratiques en groupes. Moi, j’ai profité de ce temps pour jouer avec un magnifique cacatoès blanc, Doudou, tout en répondant aux questions ;-) La deuxième journée était consacrée au cours du Dr. Susan Friedman «Behaviors Works» (c’est un jeu de mots que l’on peut traduire soit comme «les travaux sur le comportement», soit comme «le comportement marche»). Le Dr. Friedman, étant un spécialiste de l’analyse du comportement reconnu, a fait une formidable introduction dans ce domaine. Pour décrire ce magnifique cours, riche en savoirs et en exemples qui sont pris de la vie quotidienne des propriétaires de perroquets, on ne peut faire mieux que de citer son avertissement : «La philosophie du comportement de ce cours est que les perroquets comme tous les étudiants, doivent avoir le pouvoir de fonctionner positivement dans leur environnement pour vivre des vies saines. Nous assistons cette puissance quand nous agissons envers eux de telle manière qu’ils choisissent de faire ce qui est nécessaire pour une cohabitation prolongée avec nous dans nos maisons. Le guide à suivre pour assortir les solutions aux problèmes est de toujours choisir les plus positives, les moins intrusives des méthodes d’interventions efficaces. Pour changer le comportement de notre perroquet, nous changeons d’abord ce que nous faisons. Les étudiants apprendront rapidement qu’une fois qu’on a les outils nécessaires et un engagement pour faciliter le comportement plutôt que le forcer, cela ne signifiera pas une perte de conformité comportementale. La perspective de la science guide les informations présentées ici, ce qui signifie que c’est notre défi d’expliquer les phénomènes comportementaux en identifiant les évènements physiques les produisant». Pour savoir plus sur l’enseignement de Dr. Friedman vous pouvez lire son article, récemment traduit en français par Christine (http://www.guarouba.com/ABC-du-comportement.htm) et l’autre, traduit par Dominique (http://www.guarouba.com/la-lutte-pour-la-dominance.pdf). Dans peu de temps nous publierons encore un article de Susan Friedman qui parlera de la punition. Le soir de la même journée nous avons pu participer à la présentation de Roelant Jonker d’« Ara Project» (http://www.cityparrots.org/). Roelant nous a fait une exposition de plus de 130 slides. Il a montré que les perroquets s’habituent facilement à la vie dans l’environnement urbain et ils y trouvent des possibilités pour se nourrir et se reproduire. Depuis des années Roelant et Grace Innemee (http://www.cityparrots.org/who-we-ara/) suivent et étudient un couple d’aras macaw – Nape et Toos – qui vivent librement au Pays Bas. Cette expérience a convaincu Roelant que l’environnement urbain peut devenir un nouvel habitat pour les perroquets dont les aires d’habitation naturels sont réduits ou ont disparus à cause de l’activité humaine. Facilement suivis par des équipes de scientifiques et nourris par les gens des quartiers, ces oiseaux pourraient servir de source inépuisable de matériel génétique aux projets de la conservation de ces espèces dans leurs milieux naturels. En même temps la maintenance de ces volées semi sauvages sera beaucoup moins chère par rapport aux programmes de reproduction, effectuées en situ ou en captivité. En ce moment Roelant et Grace travaillent sur un projet qui leur permettra de tester cette théorie, en créant une population des conures dorées (guarouba guarouba) dans la ville de Belém au Brésil. La troisième journée a commencé par la présentation de Marcus von Kreft. Marcus, biologiste allemand vivant en Angleterre, a intitulé sa présentation «La liberté de voler – l’art d’aviculture». On n’aurait pu trouver de meilleur titre pour une présentation parlant vraiment de la culture d’élevage des perroquets en captivité. Après une pose Marcus a continué à nous parler de ses oiseaux, il a expliqué les étapes d’entraînement des oiseaux élevés à la main, en donnant l’exemple de ses mini aras. En nous racontant l’histoire d’un perroquet s’étant échappé de sa volière et comment il a été rattrapé, Marcus a montré que l’élevage à la main est la première leçon de ciblage qui reste gravé dans la mémoire de l’oiseau même quand celui-ci ne peut plus être manipulé par l’homme. Il a parlé aussi des applications pratiques de certaines méthodes, mentionnées par d’autres intervenants. Par ex. le Dr. Friedman a donné des exemples de ce que même notre recul peut devenir un renforcement positif quand nous travaillons avec un oiseau timide et apeuré. Marcus, à son tour, a montré comment la même technique peut aider à entraîner au rappel un oiseau d’élevage qui ne vient pas sur la main. C’était très intéressant d’entendre Marcus parler des interactions entre ses oiseaux et les oiseaux sauvages : rapace, corbeaux etc. C’était surtout intéressant pour ceux qui, comme moi, pratiquent le vol libre et qui, malgré la différence de conditions, peuvent observer les même attitudes chez leurs oiseaux. La présentation qui suivit celle de Marcus était peut-être inattendue pour certains d’entre nous, car Susan Fisher qui, comme Sue Tygielski, était venue de l’Arizona-Sonora Désert Muséum, nous a parlé de ses cours… des croquis. Cette présentation était pourtant étroitement liée au thème de notre séminaire. Tous les intervenants étaient d’accord que l’observation minutieuse du comportement de nos oiseaux est une condition principale pour réussir dans nos rapports avec eux. Et c’est justement l’art d’observation que Susan enseigne via son cours. La veille de notre séminaire Susan m’a montré une série de croquis, faits par elle. Chaque image n’avait que 2-2.5 cm, composée de 5-6 lignes courtes. On aurait dit les dessins d’un petit enfant. Cependant chacune de ces images représentait les différents états d’humeur d’un oiseau avec une telle précision que l’on ne pourrait jamais les confondre. Susan a expliqué qu’en essayant de dessiner nos oiseaux, nous pouvons remarquer un grand nombre de comportements et de postures qui passent inaperçus dans la vie quotidienne. Avant que les participants n’aient commencé à partir, nous nous sommes rassemblés pour parler de nos impressions et poser des questions aux intervenants. Ce fut une expérience inoubliable et réjouissante de voir les 4 éléments de notre communauté ornithologique – amateurs, éleveurs, scientifiques et entraîneurs – partager leur passion, s’échanger des savoirs, trouver des idées utiles dans l’expérience des autres. Le séminaire est devenu un succès. Et si les participants ont parlé de la qualité des présentations et des échanges enrichissants avec les lecteurs pendant les poses, les intervenants y ont trouvé une formidable audience – ouverte, attentive, avertie et bienveillante à la fois! On espère que d’autres événements, consacrés aux diverses aspects de la maintenance des perroquets en captivité, aillent suivre cette magnifique rencontre! -------------------------------------------------------------------------------
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